Dans les heures et les jours qui suivent un tremblement de terre, les communautés sont confrontées à des pertes dévastatrices, à des déplacements de population et à une perturbation profonde de leur vie quotidienne. Au cours des semaines et des mois à venir, de nouveaux risques sanitaires peuvent rapidement apparaître et aggraver les impacts immédiats, et ceux-ci ne cessent d’évoluer au fil du temps.
Les perturbations dans l’approvisionnement en eau et l’assainissement, les abris précaires, les incendies, les glissements de terrain et les inondations, les interruptions des services de santé et le risque accru de maladies transmissibles dans les campements temporaires surpeuplés ne sont que quelques-unes des menaces susceptibles d’aggraver la situation des populations touchées. La préparation aux séismes doit donc aller au-delà de la situation immédiate. Elle doit également permettre aux personnes d’accéder à des services et à des informations fiables, et de prendre des mesures concrètes pour protéger leur santé.
Dans le cadre de la riposte apportée aux tremblements de terre dévastateurs qui ont frappé les provinces de Kahramanmaraş et de Hatay en Türkiye en 2023, l’OMS a travaillé en étroite collaboration avec le ministère turc de la Santé et les agents de santé communautaires afin d’élaborer et de diffuser rapidement des informations et des interventions de santé publique pertinentes, fondées sur les besoins de la population. Ces enseignements seront présentés lors de la Conférence ministérielle de l’OMS sur le renforcement de la sécurité sanitaire grâce à la gestion des urgences sismiques, qui se tiendra à Istanbul (Türkiye) en juillet 2026.
Messages de santé concernant les risques émergents
Pour comprendre ce qu’ont vécu les communautés, ce qu’elles se sont demandé et ce qui les a préoccupées, l’OMS/Europe a eu recours à l’écoute sociale : l’Organisation a ainsi systématiquement collecté et analysé les retours, les questions, les inquiétudes et les rumeurs circulant en ligne au sein des communautés. En cas de crise, des conseils prodigués au bon moment peuvent sauver des vies, mais seulement s’ils sont clairs, pertinents et concrets pour les personnes confrontées aux perturbations.
L’écoute des réseaux sociaux a permis aux intervenants de cerner les lacunes en matière d’information, d’identifier les malentendus et d’évaluer le risque de propagation d’informations fausses ou trompeuses, ainsi que de recouper ces observations avec les analyses des risques émergents.
Ces résultats ont aidé l’OMS et le ministère de la Santé à élaborer, à tester et à diffuser des messages de santé efficaces sur une trentaine de thèmes prioritaires, notamment le froid et l’hypothermie, l’utilisation de l’eau potable, l’hygiène alimentaire, la vaccination (notamment contre la rage et le tétanos) et la santé mentale.
Même un conseil techniquement correct peut s’avérer inefficace s’il ne correspond pas à la réalité des populations, à leur langage et à leur capacité d’agir. La tenue d’une séance de formation destinée à 72 professionnels de santé a permis aux personnels de première ligne des secteurs de la santé et de l’aide à la personne d’acquérir les compétences nécessaires pour communiquer de manière claire, empathique et efficace en situation d’urgence. Ils ont pu ensuite former d’autres professionnels de santé, renforçant ainsi la mobilisation à grande échelle.
« Non seulement les connaissances et l’expertise acquises par nos professionnels de santé permettront de dispenser des soins plus efficaces et plus humains, mais elles contribueront aussi de manière significative à renforcer la capacité de l’ensemble de la communauté à se remettre des tremblements de terre », a souligné Serkan Karavus, professionnel de santé.
L’allaitement maternel en situation d’urgence
La diffusion préalable d’informations et de conseils en matière de santé, ainsi que la mobilisation des communautés dans le cadre des efforts de préparation avant l’apparition de crises, constituent une capacité essentielle au titre du Règlement sanitaire international (2005), contribuant ainsi à empêcher que des incidents localisés ne dégénèrent en urgences de santé publique de plus grande ampleur.
La communication sur les risques, la participation communautaire et la gestion de l’infodémie part du principe que les communautés ne sont pas de simples destinataires passifs de l’aide ou de l’information. Elles constituent à part entière des premiers intervenants, s’appuyant sur leurs connaissances et leurs ressources locales, leurs réseaux sociaux et leurs stratégies d’adaptation.
Au lendemain des tremblements de terre, l’OMS et le ministère de la Santé ont collaboré avec des agents de terrain et des partenaires pour élaborer des conseils sur l’allaitement maternel qui tiennent compte des besoins et des préoccupations des femmes. Le lait maternel apporte des nutriments essentiels et des anticorps qui aident à protéger les nourrissons contre les infections, une protection qui s’avère d’autant plus cruciale lorsque les conditions de vie sont exiguës et qu’il est difficile de respecter les règles d’hygiène. Le déplacement peut avoir des répercussions sur l’allaitement : le manque d’intimité, le stress, l’insalubrité et l’inconfort peuvent affecter la confiance et le bien-être des femmes. Cependant, des informations pertinentes et le soutien de professionnels qualifiés peuvent changer la donne : ils aident les femmes à poursuivre l’allaitement en cas d’urgence, voire à relancer leur lactation si elles ont cessé d’allaiter.
Les informations communiquées trop tôt risquent d’être ignorées en raison du stress et des priorités liées à la survie, tandis que celles communiquées trop tard peuvent accroître les risques pour la santé des mères et des nourrissons. Lorsqu’elles sont fournies au bon moment, les informations et les conseils constituent en soi une intervention de santé publique : elles aident les mères à prendre des décisions éclairées, à réduire les risques et à protéger leurs enfants au moment où cela compte le plus.
Protéger les communautés à long terme
« Ce qui a le plus marqué dans la réponse apportée par la Türkiye, c’est la dimension humaine. Face au deuil et à l’incertitude, les communautés avaient besoin de bien plus que de simples informations : elles avaient besoin de personnes de confiance, d’empathie et d’un soutien concret qui tienne compte de leur nouvelle réalité. La communication sur les risques, la participation communautaire et la gestion de l’infodémie ont contribué à établir ce lien en commençant par écouter, puis en fournissant des conseils fiables au moment et à l’endroit où ils étaient le plus nécessaires », conclut Cristiana Salvi, de l’OMS/Europe.
Cette expérience a également mis en évidence un enseignement important en matière de préparation : les conséquences d’un tremblement de terre ne s’arrêtent pas aux secousses, et il est essentiel de prévoir les risques sanitaires et les difficultés qui s’ensuivent pour assurer la protection des communautés à long terme.
L’OMS/Europe présente cette approche dans la publication intitulée « Risk communication, community engagement and infodemic management at the core of health security in humanitarian emergencies: operational tool designed from experiences in the WHO European Region » [La communication sur les risques, la participation communautaire et la gestion de l’infodémie au cœur de la sécurité sanitaire dans les situations d’urgence humanitaire : outil opérationnel élaboré à partir des expériences acquises dans la Région européenne de l’OMS]. Elle propose des conseils pratiques pour aider les intervenants à se coordonner, à être à l’écoute et à agir, à communiquer efficacement et à collaborer avec les communautés afin d’anticiper les risques émergents. Alors que les pays renforcent leur état de préparation face aux futurs séismes et autres risques, la résilience des communautés, soutenue par une information claire et une véritable participation, reste l’un des moyens de protection les plus efficaces.

